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Interview exclusive

4) Dans ces deux romans, vous décrivez avec finesse la psychologie de Iaume, l'archétype de l'éclaireur de 16-17 ans. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Qu'est-ce que le « Royaume » que recherche Iaume ?


Iaume m'est plus familier qu'à vous parce que je le connais depuis dix ans, comme un frère. Mais comme mon frère, je ne le connais pas entièrement. Iaume n'est pas moi, je ne lui ressemble pas du tout, sinon par le mauvais caractère. Je serais plutôt Charles…

Iaume est à la fois fort et vulnérable, généreux et brutal, plein d'idéal et révolté. Il veut être plus grand qu'il n'est, mais ses élans retombent souvent. Il est terrien, les deux pieds sur la roche -- tellement terrien qu'il a facilement le vertige --, mais il ne rêve que de s'envoler.

Il a un modèle, Guil, son premier C. P. Tous les novices, à douze ans, admirent leur C. P. qui en a dix-sept et qui leur paraît un héros de bravoure, de talent, de compétence. Mais qui dit que Guil était, à son propre regard, ce héros ? Qu'il ne voyait pas, au contraire, ses propres faiblesses ? Pour un garçon de seize ou dix-sept ans, tout est possible, mais rien n'est facile. L'idéal se rapproche et se dérobe en même temps. On veut être un saint, mais le sang bouillonne et les mots se dérobent. Or cette perpétuelle contradiction, c'est la vérité même de la vie humaine. On est rarement plus vrai, plus authentique, qu'à dix-sept ans. Après, hélas, on devient assez fort pour mentir. Iaume ne ment jamais. Mes C. P. réels ne mentent jamais. Ou mal.

Dans les deux romans, Iaume dépasse ses limites physiques. Mais il dépasse surtout ses limites morales. Et au terme se trouvent ces moments si rares, si précieux : les moments où l'on dit la vérité. Il n'y en a pas tant dans nos vies. À ces moments souffle l'Esprit.

Quant au « Royaume », ce n'est rien d'autre que le bonheur. Le bonheur n'est ni un lieu ni un moment, et pourtant nos mémoires lui associent moments et lieux. Sa porte est difficile à trouver : elle est au bout de la foi et de l'amitié. Et c'est le même Royaume, vous l'aurez compris, que le Royaume de Dieu. Toujours promis, souvent pressenti, parfois ouvert sur cette terre. Cela, Iaume ne saurait encore le dire clairement. Il en a reçu la promesse en prononçant sa Promesse, car toute promesse faite devant Dieu est réciproque. Il le devine, son cœur l'attend, il nomme cela : « le Royaume », sans précision, et il cherche… Comme nous tous.


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