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Heureux les jeunes de cœur |

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La presse en parle : France Catholique n°3181 (2 octobre 2009) |

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Le père Yves Combeau est sans doute le plus jeune prédicateur de l'histoire du vénérable pèlerinage du rosaire (7-10 octobre). A 38 ans, il invite les pèlerins de Lourdes à suivre la voie de sainte Bernadette, la voie de la jeunesse. On évoque avec Thérèse de Lisieux « la voie de l'enfance ». Dans votre livre Heureux les jeunes de coeur vous mettez en valeur la voie de la jeunesse, une spiritualité de la jeunesse. Père Yves Combeau : Nourri par mon expérience de ministère auprès des jeunes - comme aumônier scout et animateur de « la Cave du 222 », un lieu de rencontre pour les jeunes Parisiens installé dans mon couvent dominicain -, je crois pouvoir affirmer qu'il y a une spécificité de la vie spirituelle des adolescents et des jeunes adultes. Il faut en tenir compte quand on a des jeunes dans son entourage. D'autant plus que l'adolescence se prolonge énormément dans notre culture occidentale. Pour les chrétiens, la vie spirituelle est un dialogue dans lequel Dieu est actif. Or Dieu sait parler aux adolescents comme Il sait parler aux enfants. Il y a un langage de Dieu qui est particulièrement audible par les adolescents, les « jeunes ». Dieu se plaît aussi à dire certaines paroles aux jeunes plutôt qu'aux adultes ou aux enfants. L'adolescence est un âge spirituel intermédiaire mais riche d'enseignements pour les adultes. Quels sont les saints qui ont illustrés cette voie de la jeunesse ? La jeunesse est l'âge des élans généreux et démesurés. C'est l'âge des grandes espérances dans le domaine spirituel, des grandes attentes vis-à-vis de Dieu. Cet élan immense est celui des apôtres Pierre et Paul. Quant à Bernadette Soubirous, qui avait 14 ans lors des premières apparitions, sa façon de témoigner de ses visions révèle ce caractère obstiné et inflexible des adolescents. Elle est aussi exaspérée par les adultes, qui ne comprennent pas ce qui se passe. Elle est encore impatiente, quand il s'agit de retourner voir la Vierge à la grotte de Massabielle. Personne ne peut la retenir, ni les gronderies de M. le curé ni la colère de sa mère. Cet élan, ce caractère obstiné, ces agacements, cette impatience de Bernadette, ce sont ceux de nos adolescents ! On les considère comme des traits de sagesse chez Bernadette et comme des défauts très agaçants chez nos jeunes… Enfin, c'est un âge critique, donc intelligent, même si cette intelligence est aussi anarchique qu'elle est aigue. Comment Dieu parle-t-il aux jeunes ? Il leur parle avec sérieux, bien qu'Il utilise leurs sentiments et leurs enthousiasmes. Il ne leur parle pas comme à des bébés, en bêtifiant. Il leur parle la langue qu'ils comprennent avec les mots qu'ils rêvent d'entendre. Il leur parle de noblesse d'action et de pureté de sentiment. Voyez comment la Vierge Marie s'exprime. Elle formule ainsi sa demande à Bernadette : « Me ferez-vous la grâce de venir pendant quinze jours ? » Elle lui parle délicatement avec des mots d'adultes. Car la jeunesse est l'âge où veut être pris au sérieux ; c'est aussi l'âge où l'on veut grandir, consciemment ou non. Dieu parle aux jeunes de manière à les faire grandir. En quoi cette jeunesse est une voie de sainteté pour les adultes ? Il ne s'agit pas de redevenir des enfants, mais de devenir comme des enfants. Nous sommes adultes et c'est aussi notre chance. Mais il y a certaines caractéristiques de la jeunesse qu'il est nécessaire de reconquérir pour entrer dans le Royaume de Dieu. Les adolescents nous les enseignent. Il faut nous dépouiller de certaines fausses richesses de l'expérience adulte. Il nous faut assouplir notre rationalité excessive. Voyez comme les adolescents rêvent tout le temps ! Ils sont ailleurs! Ils ont l'intuition que la vraie vie est ailleurs, que la vérité du monde n'est pas du monde. Il nous faut aussi renouer avec une certaine radicalité, notamment la radicalité du désir dans la volonté de rencontrer Dieu. Les adolescents nous enseignent cette radicalité du désir, même s'ils ont du mal à la mettre en oeuvre. La jeunesse nous provoque à voir autrement le monde qui nous entoure. C'est pourquoi le titre de votre livre invente une béatitude... Oui, heureux les jeunes de coeur ! Cependant, il ne s'agit donc pas d'imiter nos adolescents. Quand on se met à l'école d'un saint, on n'imite pas tout ce qu'il a fait. Il s'agit d'emprunter à la générosité de la jeunesse ce qui peut renouveler notre vie d'adulte. Il s'agit d'observer ces grands adolescents dégingandés avec bienveillance et intelligence de coeur. Les adolescents prouvent qu'ils ne sont pas encore des adultes quand ils sont incapables de mettre en oeuvre leurs rêves immenses, quand ils ne parviennent pas à réaliser concrètement les élans de leur générosité. Les adolescents sont velléitaires. Il faut les aider à réduire le fossé entre leurs désirs et leurs actes, non en rognant leurs désirs altruistes mais en augmentant leurs capacités de les faire aboutir. Je constate que l'église est le seul lieu aujourd'hui en France où les jeunes peuvent transformer leur désir d'amour en actes. Je pense au service dans le scoutisme, je pense aux milliers de jeunes qui participent au pèlerinage du Rosaire avec leurs écoles en aidant les malades de Lourdes. L'Eglise leur propose d'incarner leur générosité et de devenir des hommes et des femmes vrais. |